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Maison de la Poésie Jean Joubert

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Le blog de la Maison de la Poésie Jean Joubert

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 5

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 5

 

1er décembre. D'Espagne (né à Bilbao) : Blas de Otero. 1916-1979.

"Poète majeur de la génération des années cinquante, hanté par la parole et la mutité, en révolte contre un Dieu sourd, poète du corps féminin et de l'érotisme" (Evelyne Martin-Hernandez). La poésie de Blas de Otero s'enracine dans la grande tradition  de la poésie espagnole à la fois savante et populaire  (Quevedo, Unamuno, Machado ou Saint Jean de la Croix) et ouverte sur le monde (César Vallejo). C'est un des plus grands sonnettistes espagnols ("Le sonnet, dit-il, ce silence prononcé en chœur")  En 1977 il publiera un livre intitulé "Tous mes sonnets".

Après l'enfance heureuse, la famille ruinée, les petits métiers pour vivre (mineur ou professeur, conseiller technique), le maintiendront en contact avec le peuple. Aussi sa poésie évoluera-t-elle avec l'histoire tragique de l'Espagne : La guerre, la dictature, la censure ("Depuis 1955, dit-il, je n'ai pu publier un seul livre en Espagne"). De l'expression désolée d'une solitude existentielle à une ouverture sur la collectivité humaine. A partir des années cinquante, dans "Je demande la paix (1955) puis dans "En castillan" (1959) il n'aura de cesse de parler "sur cette terre triste abattue sous une dictature". En 1964 encore, dans "Au sujet de l'Espagne" il écrit "Guernica" (il est d'origine basque), qu'il dédie à Picasso",  et aussi : "Terre / ravagée par la guerre/ triste et malheureuse Espagne/ je te contemple" et en même temps : "Je ne suis pas seul. Salut au Monde !  Millions / et millions sont avec moi // Nous sommes des millions pour une Espagne." Alors que Juan Ramon Jimenez dédiait sa poésie "à l'immense minorité", Blas de Otero dédie la sienne "à l'immense majorité".

 

PS : Je dédie ce dernier envoi à Pierre Sellincourt, un ami qui vient de nous quitter, qui pouvait dire lui aussi : "merci pour  la contradiction et pour  la lutte".

 

 

 

 

 

 

Todo (Tout)……………………Blas de Otero

 

 

Je dis merci à la vie pour m’avoir fait naître.

 

 

Merci à la vie pour m’avoir fait voir les arbres, et les fleuves, et la mer.

 

 

Merci à la bonace et à la tempête.

 

 

Merci pour le chemin et pour la vérité.

 

 

Merci pour la contradiction et pour la lutte.

 

 

Merci pour le grand air et pour le confinement[1].

 

 

Merci pour l’éblouissement et pour l’œuvre.

 

 

Merci pour mourir et pour perdurer.

 

 

                            (Histoires imaginaires et véridiques / 1970.)

                            Traduction Claude Adelen.

 

[1] Je me suis permis de traduire « carcel » (prison) par « confinement » pour être dans l’actualité. Pardonnez-moi cette petite infidélité

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 5
Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 5

« POEMES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS »

Voilà. Même les meilleures histoires ont un commencement, un milieu et une fin. J’avais prévu 30 envois pour occuper ce morose mois de novembre.

Je veux tout d’abord vous remercier tous pour votre fidélité de « lecteurs ». Beaucoup d’entre vous m’ont fait part du plaisir (et je tiens beaucoup à ce mot), qu’ils éprouvaient chaque matin, à découvrir sur leur écran ces poètes forcément inconnus de « l’immense majorité » dont parle Blas de Otero. Parfois un simple échange, un simple « merci » comme le sourire d’un passant (ou d’une passante !) qu’on croise sur sa route.

Et un remerciement particulier à celles et ceux qui ont élargi la diffusion à leurs amis et connaissances, qui ne figuraient pas sur ma liste d’envois déjà longue. Grâce à eux j’aurai finalement dépassé certains tirages de plaquettes « confidentielles » ! Drôle, non.

Car nous autres, les poètes, nous formons une sorte de confrérie fondée sur l’admiration, l’émulation et l’émotion éprouvée à la lecture du travail des autres, ceux que Rimbaud appelait les « horribles travailleurs ». Un lien affectif et réfléchi nous unit, « dans cette lumière du dedans / où l’on ne distingue pas quand on les croise, / le visage des morts / du visage des vivants ». Et Paul Eluard a pu écrire :

         Les poètes que j’ai connus

         Leur souvenir comme l’automne

         Multiplie le soleil dans l’ombre.

Les poètes que j’ai connus,

Vivants ou morts faibles ou forts,

         Tous ceux que j’ai aimés, compris

         Pleins de défaut pleins de vertus

         Ceux qui voulaient faire naufrage

Et ceux qui croyaient au salut.

Et ceci encore : mon désir ce fut qu’on cesse de répéter que la poésie est incompréhensible, ou pire qu’elle fait peur. Non ! La poésie, comme l’amour, fait mal. Elle exprime toujours à la fois une joie et une souffrance. Avez-vous jamais réfléchi à ces mots de Rilke : « Le beau est le commencement du terrible ». Ils veulent dire que c’est de la confrontation avec ce « terrible » que nous approchons du meilleur de nous-même. Ce que dit Baudelaire à la dernière strophe des Phares :

                  « Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

                   Que nous puissions donner de notre dignité

                   Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

                   Et vient mourir au bord de votre éternité »

Un autre de mes souhaits serait que vous vienne l’envie de « relire » ces poèmes (et bien d’autres). Car la poésie est affaire de mémoire, elle entre en nous, par la répétition, comme la musique (et n’oublions pas les chansons). Elle est comme dit encore un autre (Jacques Réda) « notre maison légère, portative » qu’on « emporte aisément avec soi sur son dos ».

C’est que, voyez-vous, il y a eu dans mon intention, un rêve pédagogique (le vieux prof qui sommeille toujours en moi !) : celui de faire « entrer en poésie », ceux pour qui « Littérature = roman », et qui n’ont pas l’habitude d’acheter en librairie (à condition qu’elles soient ouvertes !), un livre de poésie. Et ceci dans le contexte actuel de dégradation de la langue et de l’avilissement des sentiments qui contribue à marginaliser d’avantage la poésie.

Enfin, pour moi, ce parcours à travers des domaines étrangers de la poésie, fut bien sûr un « travail » mais mon plaisir ce fut chaque jour de rouvrir tel ou tel livre d’un poète, italien, anglais, allemand, espagnol… Poète d’autrefois ou d’aujourd’hui. Le choix fut difficile, et combien d’autres attendaient leur tour.

Un travail mais un plaisir, celui de feuilleter, de retrouver le souvenir de mes premières émotions. Pour moi une joie des retrouvailles, et en même temps une interrogation : Aurai-je jamais le temps de relire « Tous ceux que j’ai aimés, compris ».

A vous de me dire maintenant si ce partage vous a intéressés.

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez d’avantage de précisions bibliographiques sur tel ou tel (Titres de livres, Editeurs). J’aurai plaisir à vous renseigner dans la limite de mes connaissances.

  Claude A. 2 décembre 2020

 

 
 

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