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Maison de la Poésie Jean Joubert

Maison de la Poésie Jean Joubert

Le blog de la Maison de la Poésie Jean Joubert

Poèmes pour le confinement 2 par Claude Adelen

2 novembre: Ungaretti

3 novembre: Machado

4 novembre: Walt Whitman

5 novembre: Vladimir Maïakovski

6 novembre: Volker Braun

7 novembre: T.S.Eliot

8 novembre: Constantin Cavafis

9 novembre: Fernando Pessoa

10 novembre: Georgio Caproni

11 novembre: Vladimir Holan

12 novembre: Hölderlin

13 novembre: Ulberto Saba

14 novembre: Mahmoud Darwich

15 novembre: César Vallejo

 

à suivre...Bonne lecture

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

 

Chers confinés de la deuxième vague.

 

Décidément la tempête redouble ! Des vagues de peur et de haine balayent le pont du navire…

 

Au seuil d’un nouveau confinement, un certain nombre d’entre vous semblent souhaiter que je me remette à l’ouvrage, afin de repêcher dans la mer mystérieuse appelée poésie quelques-unes de ces étranges épaves qu’on nomme « poèmes », afin de vous en faire chaque jour cadeau.

 

Tout voyage nous étant interdit, j’aimerais cette fois vous faire traverser les frontières, et c’est d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, de Russie, d’Amérique ou d’ailleurs, que viendront vers vous ces messagers quotidiens. Car il n’est pas un pays dans le monde, dans lequel en dépit des guerres et des atrocités cette rose de langage ne fleurisse au cœur de l’homme.

 

Vous ne pourrez bien sûr pas les entendre vous parler dans leurs langues, mais beaucoup ont été traduits dans la nôtre (je m’y suis essayé pour ce qui concerne l’Italie).

 

Quelques-uns sont célèbres. Tout le monde connaît (ou croit connaître.) Lorca, Neruda, Maïakovski, Pasolini, mais d’autres vous seront sans doute inconnus et je ne pouvais pour chacun vous fournir toutes les données de leur vie et de leur œuvre, mais je crois qu’en allant sur internet (Wikipedia), vous pourrez, si le cœur vous en dit, faire plus ample connaissance avec eux.

 

Claude ADELEN

 

 

Ungaretti (1888-1970).

Un des plus grands poètes italiens du siècle dernier. Son œuvre est traduite en français sous le titre "La Vie d'un homme" (Ed. Gallimard 1973).

 

Noël………… Giuseppe Ungaretti

 

 

Je n’ai pas désir

de plonger

dans une pelote

de routes

 

J’ai tant

de lassitude

sur les épaules

 

Laissez-moi donc

comme une

chose

posée

dans un

coin

 

Ici

on ne sent

rien d’autre

que la bonne chaleur

 

 

Je demeure

avec les quatre

cabrioles

de fumée

de l’âtre

 

                                                                  Naples, 26décembre 1916

 

                                                                  (Naufrages, trad. Jean Lescure)

 

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

2ème envoi mardi 3 novembre 2020.

D'Espagne

Antonio Machado (1875-1939). Le grand poète qui a marqué toute une génération. Par son grand livre "Champs de Castille" (1907-1917). Comme tous les poètes de sa génération, il a connu la terrible épreuve de la guerre ("Poésies de guerre/1936-1939). Et de l'exil: "Machado dort à Collioure/ Trois pas suffirent hors d'Espagne/ Que le ciel pour lui se fit lourd/ Il s'assit dans cette campagne / Et ferma les yeux pour toujours" (Aragon/ Les Poètes)

 

 

Le Voyageur…….ANTONIO MACHADO

 

 

J’ai connu beaucoup de chemins,

et ouvert de nombreux sentiers,

j’ai navigué sur cent océans,

et accosté à cent rivages.

 

Partout j’ai vu

des caravanes de tristesse,

de fiers et mélancoliques

ivrognes à l’ombre noire

 

Et des cuistres, dans les coulisses,

qui regardent, se taisent et se croient

savants car ils ne boivent pas

le vin des tavernes.

 

Sale engeance qui chemine

en empestant la terre…

 

Et partout j’ai vu

des gens qui dansent ou qui jouent,

quand ils le peuvent, et qui labourent

leur petit lopin de terre.

 

Arrivent-ils quelque part,

jamais ne demandent où ils sont.

quand ils vont cheminant ils vont

sur le dos d’une vieille mule ;

 

Ils ne connaissent point la hâte,

pas même quand c’est jour de fête.

S’il y a du vin ils boivent du vin,

sinon ils boivent de l’eau claire.

 

Ce sont de braves gens qui vivent,

qui travaillent, passent et rêvent,

et qui un jour comme tant d’autres

reposent sous la terre.

 

                   Solitudes, Galeries et autres poèmes(1899-1907)

                   (trad Bernard Sessé)

Poèmes pour le confinement 2  par Claude AdelenPoèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen
Poèmes pour le confinement 2  par Claude AdelenPoèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

Souvenir d'une belle aventure artistique de la Maison de la Poésie Jean Joubert, en partenariat avec la Métropole: la lecture concert "Antonio Machado, la halte du voyageur" dans les médiathèques d'agglomération en 2011.Textes réunis par Annie Estèves et Patricio Sanchez. Lectures bilingues par Grégory Nardella et Patricio Sanchez, improvisations au piano par Alessandro Candini. 

3ème envoi

D'Amérique.

Walt Whitman (1889-1892). Le Grand arpenteur. L'âme cosmique de l'Amérique, toute sa laideur et toute sa grandeur. 

L'homme d'un seul livre :"Leaves of grass" (1855). Et quel livre! Il faut lire ou relire ce poème  d'un homme qui marche. Dans la préface de sa superbe traduction, Jacques Darras cite Van Gogh qui écrivait depuis Arles en 1888:": As-tu déjà lu les poésies Américaines de Whitman...Il voit dans l'avenir et même dans le présent un monde de santé, d'amour charnel et franc, d'amitié, de travail avec le grand firmament étoilé…"

 

Sur le bord de la Route……….Walt Whitman

 

 

A un président

 

Tout ce que tu es en train de faire et dire sont mirages qui pendent au nez

de l’Amérique

Tu n’as rien appris de la Nature – n’as tiré aucune leçon politique de sa

         grande amplitude,  rectitude ou impartialité,

N’as pas vu que c’étaient les seuls besoins réels de l’Amérique

Et que toute contribution inférieure à cela serait tôt ou tard rejetée par

         l’Amérique

 

 

 

Je suis assis et je contemple.

 

Je suis assis et je contemple tous les chagrins du monde, l’oppression et la

         honte

J’entends les sanglots convulsifs de la part de jeune gens secrètement en peine

         avec eux-mêmes, saisis par le remords pour ce qu’ils ont fait,

Je vois dans les bas-fonds de la vie la mère maltraitée par ses enfants , mourant

         abandonnée, décharnée, désespérée,

Je vois l’épouse maltraitée par son mari, je vois le traître séducteur  des jeunes

         femmes,

Je vois les fermentations de la jalousie et l’amour sans retour tenter de se

dissimuler, j’assiste à toutes les scènes de la terre,

Je vois l’œuvre des batailles, les fléaux de la tyrannie, je vois les martyrs

         et les prisonniers,

J’observe les injures, les dégradations commises par les arrogants à l’égard

         des travailleurs, des pauvres, des Noirs et leurs frères ;

Toutes ces fautes sordides, toutes ces douleurs interminables je les contemple

         là où je suis assis

Je les vois, je les entends, je garde le silence

 

                            Feuilles d’herbe

                                                                  (Traduction Jacques Darras)

 

 

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

En 2011, à l'issue d'une résidence à la Maison de la Poésie (pas encore "Maison de la Poésie Jean Joubert") le comédien Julien GUILL, dans le cadre des actions avec sa compagnie, la Compagnie Provisoire, et son concept, le Théâtre enragé, présente la lecture spectacle  Feuilles d'herbe d'après Walt Whitman.

Créé à la Maison de la Poésie de Montpellier en 2011, ce magnifique spectacle est ensuite diffusé dans les médiathèques d'agglomération et dans d'autres lieux.

Julien GUILL a récemment repris ce travail.

 

4ème envoi   5 novembre 2020

De Russie (d'URSS). Maïakovski 1893-1930.

Un géant. Une force de la nature. On raconte qu'une fois, dans un train, il dit à une voyageuse :"Je suis un nuage en pantalons". Un futuriste au sens profond du terme. Il mit toute la force de son langage au service de la Révolution. Il eut une relation orageuse avec Lili Brik, la sœur aînée d'Elsa Triolet, qui le traduira en français en 1952 (Editeurs Français réunis). C'est dans cette édition que je l'ai découvert.

Il s'est tiré une balle dans le cœur en 1930.  

 

 

 

« Je sais la force des mots… ». ……Maïakovski

 

                                               II

Je sais la force des mots, la force des mots-tocsin

Pas de ceux-là, qui savent ravir les foules.

Des autres, qui de terre feraient sortir les morts,

et les cercueils défilent d’un pas de chêne sonore.

Souvent, ni lus,  ni imprimés, les mots tombent au panier,

Mais ils en sortent et ils galopent le mors aux dents,

tonnant pendant des siècles, et les trains viennent en rampant,

lécher leurs mains calleuses.

Je sais la force des mots. Moins que rien.

Moins que des pétales sous le talon d’une danse.

Et l’homme pourtant, de toute son âme, des lèvres, de la carcasse….

 

                                               III

Un peu ? Beaucoup ? Je tords les mains

et les doigts,

                   effeuillés , le vent les emporte.

C’est ainsi qu’on arrache

                                      leur secret

aux marguerites des sentiers, en mai.

Laissez rasoir et ciseaux révéler des cheveux les fils argentés.

Laissez tinter la masse argentée des années.

J’espère, j’ai foi : au grand jamais

ne me viendra la honte de m’assagir.

 

 

                                               IV

                                                                  Inutile de passer en revue

les douleurs, les malheurs, et les torts réciproques.

Vois

         quelle paix sur l’univers.

La nuit

                   a imposé au ciel

                                               une servitude de tant et tant d’étoiles.

C’est l’heure

                   Où l’on se lève ; et où l’on parle

aux siècles, à l’histoire, à l’univers…

                                                       

Poésies posthumes

(Traduction. Elsa Triolet)

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

Et avec la Maison de la Poésie et le comédien Julien GUILL, en 2010...

 

Maison de la Poésie

 Le nuage en pantalon, performance du comédien Julien Guill

 d’après Vladimir Maïakovski

Harangue poétique, d’après le premier poème de Vladimir Maïakovski (1893-1930

Pour clamer leurs poèmes dans la rue, les « futuristes » se peignaient le visage. Sorte de masque de rituel pour un carnaval épouvantable, presque une transe exutoire.

Ici, la scène est une chaise.

Maïakovski se propose d’être, pour reprendre ses termes, soit « évaporé comme un nuage en pantalon », soit « tout de viande déchaînée ».

Un jeune homme fait le récit de sa flamboyante initiation à la vie.

L’acteur, la tête peinte en rouge, s’écarte du public et monte sur sa scène improvisée pour entamer son boniment. La chaise permet d’élever l’interprète au-dessus de son public et de faire partager son calvaire.

Maïakovski agit par l’écriture et fait de l’auditeur un témoin complice.

Il est question de l’éveil d’une sensibilité face à la naissance de la révolte, à la brûlure insoutenable de l’être et de sa pensée, et de mettre en avant un insatiable enthousiasme qui, aujourd’hui, correspond au désir de chacun d’en découdre, d’être en révolte : contre ! dire non !

Le nuage en pantalon, par son intensité brève et soutenue, permet de saisir le spectateur, presque par surprise.

La performance sera présentée à la Médiathèque William Shakespeare, le 19 mars 2010, à 10h30 ; performance ouverte à tous les publics.

Elle sera précédée d’un atelier théâtre avec les adolescents du quartier, en collaboration avec le service éducatif de la médiathèque et les associations d’alphabétisation.

 

5ème envoi   6 novembre 2020

Volker Braun. Né à Dresde en 1939. C'est dire qu'il a connu la mort et la destruction. (et le massacre des illusions (le printemps de Prague)) en tant que citoyen de la RDA.  Qu'il a subi la censure (Sa pièce, "la mort de Lénine" écrite en 1970 devra attendre 1988 pour être montée). Alain Lance, qui l'a traduit, écrit que sa poésie exprime "un deuil cependant dénué de toute nostalgie à l'égard d'un système politique qui n'a pas su concrétiser l'idéal socialiste", et il conclut sa préface  aux "Poèmes choisis" (édition Poésie Gallimard /2018) par ces mots : Volker Braun a tendu un miroir aux lémures de notre époque, au communisme, qui a sombré, au capitalisme, qui a survécu, pour leur montrer combien ils sont risibles.

Le poème que j'envoie est extrait d'un livre paru en 1996 : "Jardin d'agrément, Prusse."

 

Volker Braun :

 

En prologue à l’ouverture  de la quarantième saison

du Berliner ensemble Le 11 octobre 1989

 

Qu’elle est obscure la matière

Du monde ! Aux tempêtes, raz-de marée

Et inévitables tremblements de terre

S’ajoutent l’ébranlement des peuples et

L’éboulement des idées.

 

On finissait par croire les temps

Immuables. Dans les horloges

Le sang, le sable, le jour

Croupi. Qui maintenant ressurgit

Avec une jeunesse imprévue.

 

Où cela nous mène ? Ou simplement :

Quelqu’un sait-il ce qui est devant, derrière ?

Les stratégies moisissent

Comme des tentes démontées dans les flaques

Derrière les fuyards.

 

Des Etats, avenir édifié ! Effondrés

Dans l’herbe qui les bouffe. D’inébranlables

Alliances vacillent dans le sanglant marécage et

L’indéfectible amitié

Observe, méfiante,

Ses eaux usées.

 

Là, ignorant la faim du communisme, on réclame

Cuisine bourgeoise ; ailleurs,

Faisant de l’Histoire table rase

On n’a plus qu’assiette vide

 

Mais n’oubliez pas

Que là aussi la faim qui règne

Avec le mandat des masses est une faim

De Justice.

 

                            (Jardin d’agrément, Prusse 1960-1989)

                            Traduction Alain Lance

 

Nous avons accueilli Volker Braun à Montpellier...

Volker Braun. Poèmes choisis

Partenariat Maison de Heidelberg/ Maison de la Poésie Jean Joubert

En présence de l’auteur. Modération : Alain Lance

Vendredi 5 avril 2019. 18h30
Maison de Heidelberg. Montpellier

 

 

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

D'Angleterre : T.S Eliot

D'origine américaine (Missouri), installé définitivement en Angleterre à partir de 1914. Prix Nobel 1948. C'est avec "La Terre vaine" (The Waste Land) qu'il deviendra l'un des poètes les plus importants du XXème siècle, dont l'influence au niveau européen fut considérable. Son œuvre est à sa manière une révolution poétique : "C'est, dit-il, une loi de la nature… que la poésie ne s'écarte jamais trop de notre langage quotidien. Et chaque révolution en poésie est susceptible d'amener un retour au langage commun.."  C'est Shakespeare qui lui a appris qu'on pouvait énoncer des choses sublimes dans le langage de la conversation  ("Je veux vous montrer la peur dans une poignée de poussière").

Quand j'ai découvert Eliot dans la traduction de Pierre Leyris, au moment où je préparais mon Capes, le premier vers que j'ai retenu de lui est celui-ci (d'actualité, 50 ans plus tard !) "Je vieillis, je vieillis, je ferai au bas de mes pantalons un retroussis".

 

Mercredi des cendres (1930)…………..T.S. Eliot

 

Parce que je n’espère plus me tourner à nouveau

Parce que je n’espère plus

Parce que je n’espère plus me retourner

Enviant le don de celui-ci et l’envergure de celui-là

Je ne m’efforce plus de m’efforcer vers pareilles choses

(Pourquoi l’aigle chenu déploierait-il ses ailes ?)

Pourquoi lamenterais-je

Le pouvoir évanoui du règne habituel.

 

Parce que je n’espère plus connaître de nouveau

La gloire débile de l’heure positive

Parce que je ne crois pas

Parce que je sais bien que je ne saurai pas

Le seul vrai pouvoir transitoire

Parce que je ne puis boire

Là où fleurissent les arbres et coulent les fontaines, car il n’est rien qui revienne.

 

Parce que je sais que le temps est toujours le temps

Que le lieu est toujours et seulement le lieu

Que ce qui est réel ne l’est que pour un temps

Ne l’est que pour un lieu

Je me réjouis que les choses soient ce qu’elles sont

Et je renonce le visage béni

Et je renonce la voix

Parce que je n’espère plus me tourner de nouveau

En conséquence je me réjouis ayant à construire quelque chose

Dont je puisse me réjouir.

 

……………………………………………………………………

 

Parce que ces ailes ne sont plus des ailes pour voler

Mais seulement des vans pour battre l’air

L’air qui est présent si ténu et si sec

Plus ténu et plus sec que n’est la volonté

 

Apprenez-nous l’amour et le détachement

Apprenez-nous à rester en repos.

 

                                               (Traduction Pierre Leyris)

7ème envoi  8 novembre 2020

D'Alexandrie: Grec
Constantin Cavafis (1863-1933...

Toute la poésie de Constantin Cavafis, originaire d'Alexandrie, non publiée en volume de son vivant, est, comme l'écrit Henri Deluy "une agitation sereine qui marque sa vie, soulignée par les évocations d'un destin en fin de compte reçu: l'amour, quel qu'il soit, ici l'amour homosexuel, le plaisir quel qu'il soit, ici le "plaisir illicite" ,  qui deviennent les plus courtois, et les plus voluptueux. Une "autre" confession, avec la pointe d'un esthétisme distancié". Cette poésie est écrite en" langue populaire", langue parlée ou presque. Ce sans doute pourquoi T.S. Eliot publia "Ithaque" (un des grands poèmes de "En attendant les barbares") dans sa revue Critétion.

Redécouvert, il est considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands.

 

 

Cierges ………………………Constantin Cavafis

 

 

         Les jours de l’avenir se dressent devant nous

         comme une file de petits cierges allumés –

         de petits cierges dorés, chauds et pleins de vie.

 

         Les jours passés restent en arrière,

une triste rangée de cierges juste éteints ;

les plus proches encore fumants,

cierges froids, fondus et prostrés.

 

Je ne veux pas les voir ; leur aspect m’afflige,

comme il m’afflige de me rappeler leur éclat premier.

Je regarde, vers l’avant, mes cierges allumés.

 

Je ne veux pas me retourner pour constater avec horreur

comme s’allonge vite l’obscure rangée

comme augmentent vite les cierges éteints.

 

                            En attendant les barbares(1896-1904)

 

                            (Traduction Dominique Grandmont)

ème envoi  9 novembre 2020

Fernando Pessoa (1888-1935). Du Portugal :

Quand on dit Pessoa on pense tout de suite à "l'invention" des hétéronymes. Il parle de l'apparition en lui de "quelqu'un en moi à qui j'ai tout de suite donné le nom d'Alberto Caeiro", comme d'une apparition de la conscience à elle-même à partir de laquelle toute l'œuvre s'organise. Il y a 3 grands hétéronymes poètes : Caeiro (Le gardeur de Troupeaux), Ricardo Reis (odes), Alvaro de Campos (les grandes odes). Plus un prosateur Bernardo Soares (Le livre de l'intranquillité) : Un  poète de la terre, un pur lyrique, un exalté fou d'espace et de mouvement, alcoolique et drogué, un obscur employé de bureau confiné dans son souterrain du quatrième étage rédigeant un livre testament. Le poète alors serait-il un "fingidor", menteur, simulateur, imposteur, mystificateur ?

Patrick Quiller répond :" Feindre est le propre du poète". Pessoa a VU  Caeiro, Reis et Campos comme Balzac, Proust et Tolstoï ont VU leurs héros. Il est Caeiro, Reis, Campos, comme Shakespeare est Hamlet, Macbeth ou Lear.

Je laisse la parole au Gardeur de troupeaux. Il n'est pas dit qu'un autre hétéronyme ne vienne prochainement vous rendre visite !

 

Le Gardeur de Troupeaux………Alberto Caeiro

 

De la plus haute fenêtre de ma maison

Avec un mouchoir blanc je dis adieu

A mes vers qui s’en vont vers l’humanité.

…………………………………………………………..

 

Fleur, mon destin m’a cueillie pour le plaisir des yeux.

Arbre, on m’a arraché mes fruits pour le plaisir des bouches,

Fleuve , le destin de mes eaux était de ne pas rester en moi.

Je me soumets et me sens presque gai.

Presque gai comme qui se lasse d’être triste.

 

Allez-vous en, allez-vous en de moi !

L’arbre passe et demeure dispersé à travers la Nature.

La fleur fane et sa poussière dure à jamais.

Le fleuve coule et entre dans la mer et ses eaux sont à jamais

         celles qui furent siennes.

 

Je passe et demeure, comme l’Univers.

 

                                      XLIX

 

Je recule d’un pas vers l’intérieur, et ferme la fenêtre.

On apporte la lampe, on me souhaite une bonne nuit,

Et ma voix réjouie souhaite une bonne nuit.

Puisse ma vie être toujours ceci :

Le jour gorgé de soleil ou adouci de pluie,

Ou tempétueux comme si le monde prenait fin,

La soirée douce et les groupes qui passent,

Fixés avec intérêt depuis la fenêtre,

Le dernier regard d’ami posé sur la paix profonde des arbres,

Et puis, la fenêtre fermée, la lampe allumée,

Sans rien dire, sans penser à rien, sans dormir,

Sentir la vie couler en moi comme un fleuve dans son lit,

Et là dehors   un grand silence  comme un dieu qui sommeille

 

                                                        (Traduction Patrick Quiller)

 

 

 

9ème envoi  10 novembre 2020 : d'Italie.

Giorgio Caproni  1912-1990.

Giorgio Caproni. Né à Livourne. Une figure majeure de la poésie italienne du XXème siècle, un peu plus tardivement reconnue pour telle que celles d'Ungaretti, Montale, Luzi, Bertolucci (toute une génération  rangée sous l'appellation un peu trompeuse "d'hermétisme"). C'est avec la publication du recueil "Le Mur de la Terre"(1975) qu'elle apparaîtra en pleine lumière.

J'ai découvert cette œuvre essentielle dans le volume  de chez Garzanti, "Tutte le poésie", un peu avant que justice lui soit rendue par la magistrale traduction en français de "L'œuvre poétique" (ed. Galaade 2014) aux soins d'Isabelle Lavergne et Jean-Yves Masson). Les auteurs de la préface soulignent l'importance de l'allégorie dans sa poésie (dans "Le passage d'Enée", l'allégorie de Gênes et les extraordinaires "Stances du funiculaire" ) et aussi de la musique. Mais c'est en même temps une poésie  ancrée dans la réalité, dans la situation spirituelle du monde moderne et qui, dès les années 70, dénonce férocement une classe politique responsable de la destruction programmée de la planète.

Mais pour moi, le plus bouleversant reste ces "vers de Livourne " dédiés à sa mère : "Comme elle était jeune et fine/ dans l'escalier Annina". Ah! si j'avais la place  de tout mettre !

 

Vers courts comme qui dirait écologiques………Giorgio Caproni

 

 

Ne tuez pas la mer,

la libellule, le vent

N’étouffez pas le lamento

(le chant) du lamantin

Le galago[1], le pin ;

même de ça, l’homme

est fait ! Et qui, pour un vil profit

dynamite le poisson, le fleuve,

ne le faites pas chevalier

du travail. L’amour

finit où finit l’herbe

et meurt l’eau. Où

disparaît la forêt,

et le souffle du vert. Celui

qui reste pleure un pays

toujours plus vaste, dévasté – « L’homme

une fois disparu comme elle pourrait

redevenir belle, – la terre. »

 

                                         (Traduction Claude Adelen)

 

 

[1] Galago : petit lémurien des îles de la Sonde.

 

10ème envoi  11 novembre 2020 : De "Tchécoslovaquie", Vladimir Holan 1905-1980

Vladimir Holan, né à Prague. C'est grâce à Pierre Jean Oswald, qui avait créé dans les années soixante une collection intitulée "La Poésie des pays socialistes", dirigée par Henri Deluy que nous avions pu lire les nouveaux poètes de la RDA et découvrir des poètes aussi importants que Vladimir Holan, Laco Novomeski (Tchécoslovaquie), Ferenc Juhasz (Hongrie) ou encore Khlebnikov (URSS). Holan me fut révélé dans cette collection, en 1967, par le recueil "Douleur".

"La route de Holan, écrivait Henri Deluy, est parsemée d'anges, de chevaux, d'inconnus. L'atmosphère est toujours tendue. Quelque chose est prêt à se rompre. C'est un univers d'épouvante, un univers nocturne, là tout est incertitude, sauf l'implacable déterminisme qui dirige les existences…"  Poète antifasciste, il a été un des acteurs de l'insurrection de mai 1945, pour la libération de son Pays, tout ça pour se retrouver ensuite taxé de "formaliste" et" d'idéaliste", et interdit de publication jusqu'en 1963 ! 

 

 

 

L’Héritage……………………….Vladimir Holan

 

 

Dans ce que les poètes laissent derrière eux,

il y a quelque chose d’abîmé par le temps, le péché, l’exil.

Le plus sincère d’entre eux,

le moins connu, le plus tranquille, le moins amoureux soit-il,

ne vous impose rien : ni vérité,

ni mépris, ni consolation, encore moins l’amour…

Présent, il est déjà absent… Et Picasso

en faisant un bonhomme de neige a fort bien compris

que l’immortalité de l’art

se trouve dans le temps, dans le péché et dans l’exil,

et que le soleil doit les racheter

dans les larmes, les sources, les rivières, la mer et le néant.

 

                            Histoires (« En marche »)

                            poèmes écrit en 1943-48, publiés en 1964

                           

(Traduction Dominique Grandmont)

11ème envoi  12 novembre 2020 : D'Allemagne:  Friedrich Hölderlin   1770-1843.

"J'avais découvert Hölderlin à travers un extraordinaire poème d'Aragon (A Hölderlin) paru dans les Lettres Françaises en 1967. Cette même année, c'est Maurice Regnaut qui m'a fait lire l'œuvre d'Hölderlin dans le volume de la Pléiade paru sous la direction de Philippe Jaccottet.

Cela surpassait alors tout ce que j'avais pu lire en poésie. J'ai été "holderlinien" au temps des "Poèmes de la maison du garde". Il me semblait toucher à "quelque chose d'indicible". Et puis il y avait ce terrible destin, cette grande passion malheureuse pour Suzette Gontard (la Diotima de ses poèmes et de son roman "Hyperion"), et la folie : "Frappé par Apollon". "La folie avait englouti la moitié de ses années" écrit Philippe Jaccottet. Plus de 30 ans, recueilli par le menuisier Zimmer, logé dans une tour qui domine le Neckar. Je n'ai jamais éprouvé d'émotion aussi forte qu'à la lecture de ce "Souvenir" du fatal voyage à Bordeaux de 1802. "Les poètes seuls fondent ce qui demeure".

 

 

Souvenir…………………….HÖLDERLIN

 

Le vent du nord-est se lève,

De tous les vents mon préféré

Parce qu’il promet aux marins

Haleine ardente et traversée heureuse.

Pars donc et porte mon salut

A la belle Garonne

Et aux jardins de Bordeaux, là-bas

Où le sentier sur la rive abrupte

S’allonge, où le ruisseau profondément

Choit dans le fleuve, mais au-dessus

Regarde au loin un noble couple

De chênes et de trembles d’argent.

 

Je m’en souviens encore, et je revois

Ces larges cimes que penche

Sur le moulin la forêt d’ormes,

Mais dans la cour, c’est un figuier qui croît.

Là vont aux jours de fête

Les femmes brunes

Sur le sol doux comme une soie

Au temps de mars,

Quand la nuit et le jour sont de même longueur

Quand sur les lents sentiers

Avec son faix léger de rêves

Brillants, glisse le bercement des brises.

 

Ah ! qu’on me tende,

Gorgée de sa sombre lumière

La coupe odorante

Qui me donnera le repos ! O la douceur

D’un assoupissement parmi les ombres !

Il n’est pas bon

De n’avoir dans l’âme nulle périssable

Pensée et cependant

Un entretien est chose bonne, et de dire

Ce que pense le cœur, d’entendre longuement parler

Des journées de l’amour

Et des grands faits qui s’accomplissent.

…………………………………………….

Mais où sont-ils ceux que j’aimais ?

……………………………………… Maint homme

A peur de remonter jusqu’à la source ;

Oui c’est la mer

Le lieu premier de la richesse.

 

…………………………………………………..

 

Vers les Indes à cette heure

Ils sont partis, ayant quitté

Là-bas , livrée aux vents  la pointe extrême

Des montagnes de raisin d’où la Dordogne

Descend, où débouchent le fleuve et la royale

Garonne , larges comme la mer, leurs eaux unies.

La mer enlève et rend la mémoire, l’amour

De ses yeux jamais las fixe et contemple,

Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure.

 

                                               Hymnes

                                            (Trad. Ph. Jaccottet, G.Roud, A. du Bouchet)

 

 

Vendredi 13 novembre : D'Italie. 

Umberto Saba.  1883-1957.

A Trieste, "la ville de partout et de nulle part", j'ai posé ma main sur son épaule de bronze. Au croisement d'une petite rue, on peut rencontrer la statue du petit homme, "il piccolo Berto". (on peut aussi rencontrer un peu plus loin celle de Joyce). Umberto Saba, le plus émouvant des poètes italiens, le plus proche de nous par son langage ancré dans le quotidien, dans la banalité d'une vie sans événements extérieurs (toutefois, d'origine juive,  persécuté par les lois raciales de Mussolini). Il n'aura guère quitté Trieste, sa ville natale, il aura vécu dans sa petite librairie de livres anciens via san Nicolo, entre Lina, sa femme,  Linuccia sa fille et  ses canaris. Mais cet homme tourmenté, hanté par la mort  ("Je parlais vivant à un peuple de morts / Mort je refuse tout laurier  et je demande l'oubli") et l'angoisse de vivre, aura transfiguré  sa vie terne, il en aura fait un "Canzoniere". Saba, comme Baudelaire,  est l'homme d'un seul livre, l'un des plus purs, des plus simples, pourtant des plus tragiques dans ses résonances intérieures, de toute la poésie Italienne. 

 

 

Ulysse……………………Umberto Saba

 

 

Dans ma jeunesse j’ai navigué

le long des côtes Dalmates. Des îlots

à fleur d’eau émergeaient où, rare,

quelque oiseau se posait pour guetter sa proie ;

couverts d’algues, glissants, au soleil,

beaux comme des émeraudes. Quand la marée

haute et la nuit les effaçaient, des voiles

sous le vent, pour en éviter les écueils,

gagnaient le large. Aujourd’hui mon royaume

est cette terre de personne. Le port

allume pour d’autres ses lumières. Moi, vers le large

me pousse encore un esprit indompté

et de la vie le douloureux amour.

 

                                               (Il Canzonière/ Méditerranée)

                                               (traduction Claude Adelen)

 

Samedi 14 novembre : De Palestine

Mahmoud Darwich (1941-2008)

Je voulais absolument vous donner à lire un poème de Mahmoud Darwich, le grand poète de ce peuple martyr, mais je n'avais pas mon exemplaire sous la main. J'ai donc demandé à mon fils Tristan de faire le choix pour moi. Il m' a envoyé le texte de présentation qu'il a écrit pour la circonstance, car sa découverte de Mahmoud Darwich a été pour lui  la révélation d'une poésie qui va bien au-delà  de ce qu'on appelle "poésie de circonstance".

"En 1948, les forces juives jettent les Palestiniens sur les routes de l'exil." Je m'en souviens parfaitement. Une nuit d'été, alors que nous dormions, selon les coutumes villageoises, sur les terrasses de nos maisons, ma mère me réveilla en panique et je me suis retrouvé, courant dans la forêt en compagnie de centaines d'habitants du village. Les balles sifflaient au-dessus de nos tête et je ne comprenais pas ce qui se passait . "Mahmoud Darwich a 7 ans et cette nuit d'horreur forge sans doute le souffle épique patriotique et engagé de toute son œuvre. Ce poète est un révolutionnaire, ce qui lui vaudra  quelques années d'emprisonnement entre 1961 et 1967, et de longues années d'exil dans les années 80 pour ses écrits contre l'envahisseur.

Très tôt, Darwich privilégie le choix du poème "long", mêlant la contemplation lyrique au récit de l'épopée et, de la façon la plus originale qui soit, l'épique à l'humain universel, aux détails du quotidien et aux évènements précis de la réalité palestinienne. Il ne cessera de chanter inlassablement ce qui mérite vie : "l'hésitation d'avril, l'odeur du pain à l'aube, les opinions d'une femme sur les hommes, le commencement de l'amour, l'herbe sur une pierre, la peur qu'inspirent les chansons aux tyrans". Il dira de lui comme poète, et de sa poésie, en 1999, dans la préface de son anthologie parue dans la collection "Poésie Gallimard": Je suis né graduellement et par contradictions espacées, et je continue à apprendre la marche difficile sur le long poème que je n'ai pas encore écrit."

 

La Terre nous est étroite………Mahmoud Darwich

 

 

La Terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier      

défilé et nous nous dévêtons de nos membres pour passer.

Et la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé,

Pour mourir et ressusciter. Que n’est-elle notre mère

Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les images

         des rochers que notre rêve portera,

Miroirs. Nous avons vu les visages de ceux que le dernier

         parmi nous tuera dans la dernière défense de l’âme.

Nous avons pleuré la fête de leurs enfants et nous avons vu

         les visages de ceux qui précipiteront nos enfants

Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.

Où irons-nous, après l’ultime frontière ? Où partent

         les oiseaux, après le dernier

Ciel ? Où s’endorment les plantes après le dernier vent ?

         Nous écrirons nos noms  avec la vapeur

Carmine, nous trancherons la main au chant afin que  notre chair

         le complète.

Ici nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici

         et un olivier montera de

Notre sang..

 

1986.

                                      (Traduit de l’arabe  (Palestine) par Elias Sanbar

 

Poèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen
Poèmes pour le confinement 2  par Claude AdelenPoèmes pour le confinement 2  par Claude Adelen

En 2009, la Maison de la Poésie Jean Joubert a présenté à la Médiathèque Françoise Giroud le spectacle "Le cri des murs", par la compagnie le P'tit atelier 3, avec les comédiennes Juliette Mouchonnat et Eloïse Alibi, et la petite Gabrielle. Une belle place était donnée aux poèmes de Darwich dans ce spectacle.

 

Dimanche 15novembre : Du Pérou : César Vallejo  1892-1938

Un des grands novateurs avec Ruben Dario de la poésie hispano américaine du XXème siècle. Dès ses premiers recueils ("Les Hérauts noirs", "Trilce"), éclate un lyrisme noir, iconoclaste, hanté d'images baroques agressives. Il s'engage politiquement du côté des communistes et au début de la guerre civile il composera "Espagne éloigne de moi ce calice" en l'honneur des combattants Républicains . Il s'était établi en France où il vécut misérablement, nous laissant "les poèmes humains" et les "poèmes de Paris". 

Claude Esteban a écrit : "Il faut pour Vallejo que la parole acquière un pouvoir détonnant. Il faut que la parole éclate et qu'elle fasse sauter en miettes le Vieux Monde, pas seulement par les fusils et la dynamite, mais par la dynamite verbale".

Son œuvre est maintenant disponible  dans l'excellente traduction de Nicole Réda-Euvremer, dans la collection Poésie/Flammarion. 

 

Aujourd’hui j’aime beaucoup moins la vie…..Cesar Vallejo

 

Aujourd’hui j’aime beaucoup moins la vie ,

mais toujours j’aime vivre : je l’ai déjà dit.

J’ai presque touché la partie de mon tour et me suis contenu

en me tirant une balle dans la langue derrière ma parole.

 

Aujourd’hui je me palpe le menton battant en retraite

et je me dis en ces pantalons momentanés :

Tant de vie et jamais !

Tant d’années et toujours mes semaines… !

Mes parents enterrés avec leur pierre

et leur triste rigidité qui n’en finit pas ;

portrait en pied mes frères, mes frères,

et, enfin, mon être debout en gilet.

 

J’aime la vie énormément

mais bien sûr,

avec ma mort bien aimée et mon café

à regarder les marronniers touffus de Paris

et disant :

Voici un œil, un autre, un front, un autre…Et je répète :

Tant de vie et je pousse toujours la chanson !

Tant d’années et toujours, toujours, toujours !

 

J’ai gilet, j’ai dit

tout, partie, angoisse, j’ai dit presque pour ne pas pleurer.

Car il est vrai que j’ai souffert dans cet hôpital, juste à côté,

et c’est bien et c’est mal d’avoir observé

de bas en haut mon organisme.

 

J’aimerai toujours vivre, même sur le ventre,

parce que, comme je le disais et comme je le répète,

tant de vie et jamais ! Et tant d’années,

et toujours, beaucoup de toujours, toujours, toujours !

                                               (Poèmes de Paris/Poèmes humains 1923-1937)

                                                        (Traduction Nicole Réda-Euvremer)

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