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Maison de la Poésie Jean Joubert

Maison de la Poésie Jean Joubert

Le blog de la Maison de la Poésie Jean Joubert

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3

16 novembre: Jude Stéfan

17 novembre: Valentino Zeichen

18 novembre: Valerio Magrelli

19 novembre: Anna Akhmatova

20 novembre: Marina Tsétaïeva

21 novembre: Federico Garcia Lorca

22 novembre: Robert Browning

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3

Lundi 16 novembre : Jude Stéfan.

J'ai appris sa mort hier. J'interromps mes envois de poètes venus d'ailleurs pour lui rendre hommage. Car il est pour moi l'un des plus grands poètes de notre époque. Merci à toi, Jude, et "au festoyant français".

C'était en 1973. J'écrivais "Bouche à la terre", ses livres sur ma table, et surtout celui que je considère, avec les "Suites slaves" (qui devaient paraître 10 ans plus tard), comme l'un de ses plus grands livres, je veux parler  de "Idylles suivi de Cippes" qui venait de paraître cette année-là. Il y a certains livres qui vous arrivent comme une main tendue aux pires moments. J'ai tout de suite su qu'il s'adressait à moi :

"Jeune ayant trop dit la mort je vis / à contre temps chantant l'inespoir/ d'avoir été jeune" J'ai tout de suite su que je me rangeais moi aussi de ce côté noir du lyrisme. Plus tard, quand j'ouvris "Aux chiens du soir" je n'ai pas eu besoin de lire trois fois "Sur la grève" pour sentir que ce texte, son extraordinaire enchaînement d'échos et d'images, ne s'effacerait plus jamais de ma mémoire, et quand je suis quelque part au bord de la mer, c'est toujours la sterne du poème de Jude Stéfan que j'entends,  "qui glousse au loin près des épaves".

 

 

Sur la grève                       Jude Stéfan

 

 

 

                            a fui l’hiver avec

         ses enfants dans les jardins de neige

         ici temps et marée n’attendent personne

         « en vieil anglais steorfan veut dire

         mourir » et si j’en retranche l’or reste

                            ma vie terne

         or voici la sterne la visiteuse d’été

                   haute là-bas sur la mer

                   où le cerveau n’est que nuée

         à ton interrogation la fleur répond :

         efface-toi tout vivant du monde avant

         la Mort qui glousse au loin près des épaves

 

Mardi 17 novembre. D'Italie : Valentino Zeichen 1938-2016

Originaire  de l'Istrie qu'il doit fuir  avec sa mère lors de la seconde guerre mondiale, il s'installe à Rome qu'il ne quittera plus.  ("Voilà quinze ans que je suis cantonné dans une baraque de fortune/ Le genre d'installation que je préfère / c'est le camp de réfugiés de l'enfance"). Le plus romain des poètes porte un nom allemand  "Zchen" qui veut dire "Signe". Et sa poésie est bien un "signe" de notre époque. Poésie emblématique qui ne cesse d'être aujourd'hui d'une actualité brûlante, dans un monde qui se précipite vers le néant . Qu'il parle du Big bang ou d'un amour ou d'un ami, ou de la Guerre (un des thèmes principaux de son œuvre) ou d'écologie dans" l'Apocalypse de l'eau"  au cœur de son recueil "Gibraltar" (1991), c'est avec une ironie (ou auto-ironie)  agressive, un humour sarcastique, qui masque les profonds traumatismes dont il souffre.  Sa poésie est anti-lyrique, privilégiant le mouvement narratif, un jeu verbal qui produit des effets hilarants. Mais à y regarder de près, Valentino Zeichen est un poète mélancolique.

 

 

 

Apocalypse de l’eau……………………Valentino Zeichen

 

De l’actuel taux démographique,

de tout un siècle en Europe, de blanc

ne restera rien que la lessive.

 

N’allez pas trop naïvement croire

que la décadence de l’Occident

puisse inverser sa tendance par

un spectaculaire volte-face,

que les pieds caoutchoutés prennent

la place due à la tête

et inventent les nouvelles démarches

d’une pensée dansante.

 

Vous avez rendu véloce la bêtise,

confondant par exemple

la vie avec le jogging ;

ainsi donc, les pieds des jeunesses

remplacent la cervelle

et cuisent dans leur jus, chaussant

leurs puants baskets aux hypocrites

empeignes à petites fleurs multicolores.

 

Au jour du Jugement,

à rien ne vous servira d’invoquer

le rapide dieu Mercure

et ses sandales ailées.

 

……………………………………………………………………….

Continuez, continuez

à faire des trous dans l’eau

avec mini-mines au shampoing,

à vous décorer avec de la mousse

dans vos vasques funèbres,

battant des records de bêtise

sans jamais vous demander où ça mène

cette merde moelleuse de bulles.

Vous êtes victimes de l’ignare phobie

qui met en jeu votre peau

et vous fait changer draps, chemises,

caleçons et laver le superflu.

Le Seigneur n’enverra pas l’ange

comme il le fit jadis avec Abraham,

pour arrêter la main homicide

de la ménagère qui empoisonne l’eau.

 

Détroussés de votre âme,

vous en poursuivez le spectre

dans les apparence blanchies

la suspectant de s’être travestie.

Aliénés à une minable chimie.

A Faust vous avez dévolus les détergents

de la connaissance métaphysique.

 

Citadins ! pour le bien de tous,

je vous exhorte à inaugurer « l’ère du gris ».

………………………………………………………………….

                                                                           Gibraltar  (1991)

                                                                  Traduction Claude Adelen

 

 

Mercredi 18 novembre. D'Italie : Valerio Magrelli (Rome 1957)

 

Un  autre grand poète italien qui nous entraîne vers des territoires peu familiers aux lecteurs de poésie française. Cependant "On ne peut pas ne pas lire Magrelli" déclare Fédérico Fellini. Son premier livre : "Ora serrata retinae" (1980) a été traduit en français par Jean Yves Masson, "Nature e venature"(1987) par Bernard Simeone. Enfin "Le Cavie" qui rassemble ses poèmes  de 1980 à 2008, est paru en Italien chez Einaudi. Octavio Päz a pu dire de sa poésie qu'elle était "aussi limpide que de l'eau dans un verre et non moins vertigineuse : en sa clarté les regards se noient". De son côté, Bernard Noël nous donne une idée de ce à quoi ressemble cette poésie en écrivant : "Les poèmes de Valerio Magrelli ressemblent aux natures mortes de Morandi". Autant dire que c'est une poésie qui vient du silence. Il le dit lui-même : "Pour parler, je préfère venir / du silence. Préparer la parole  / avec soin pour qu'elle aborde à sa rive / en glissant, tout bas, comme une barque / cependant que le sillage de la pensée/ en dessine la courbe".

 

 

 

 

Ecce Video………………………Valerio Magrelli  (1957/ Rome))

 

 

                                               In memoriam E.H.

                                      retrouvé dans son appartement

                                               neuf mois après sa mort

                                               assis devant sa Télé.

 

 

Mourut l’œil rivé au Téléviseur

la boule de cristal du présent,

regardait le Rien et en voyait le cœur

cherchait le Cœur et ne voyait rien.

 

Qui brava la puanteur du noir incertain

s’aperçut qu’elle venait de l’Invulnérable,

non du Mort, mais de l’Ecran Morribond,

non du Corps, mais de la Vidéo allumée.

 

Charogne dévorée d’insectes,

le Moniteur stridule, et brièvement brille,

ni palimpsestes ni jacqmartin[1].

 

Sa vie larvaire s’est éteinte sans bruit

(goal, quiz, clip, news, spot, film, blob, flash, scoop, E.T.),

circonvenue par du rien, effet de neige.

        

                                                        (Altre poesie 1996)

                                                        (Trad Claude Adelen)

 

 

 

 

[1] En italien « albaparietti », c.à.d Alba Parietti. Personnage de télévision!

 

Jeudi 19 novembre. De Russie: Anna Akhmatova: 1889-1966.

Qui veut lire Akhmatova, et regardera  sa biographie, traversera avec elle les périodes les plus terribles de l'Histoire russe : la Guerre, son premier mari, Goumilov fusillé en 1921. 1925 : Décision du comité central à son égard : "Ne pas l'arrêter, mais ne pas la laisser publier". 1938 : son fils, Lev Goumilov, arrêté et condamné à 17 mois de Prison : "Voilà 17 mois que je crie , / que je t'appelle pour que tu reviennes./ Je me suis jetée aux pieds des bourreaux, / Tu es mon fils et mon effroi." La même année elle verra Mandelstam, le poète tant aimé, déporté dans un camp et mourir d'épuisement. 1946 : toujours mise à l'index sous la "dictature" idéologique de Jdanov ("Le réalisme socialiste".  1949 : son fils de nouveau arrêté . 1953, Pounine, l'autre homme qui a traversé sa vie meurt dans un camp de Sibérie. Il faudra attendre le rapport de Khrouchtchev (1956) pour que son fils Lev soit libéré et que soient publiées enfin dans les années soixante, d'importantes anthologies de ses poèmes. Elle aura traversé l'enfer. Autant dire que toute sa poésie est une poésie de la douleur. On peut lire Requiem dans la traduction de J.L.Backès, en Poésie/ Gallimard.

Enfin, toute cette horreur n'aura pas empêché deux des plus grandes poètes russes de chanter, deux femmes : Anna Akhmatova et Marina Tsvétaïeva.

 

 

 

Elégie de mars……………………………Anna Akhmatova

 

Mes trésors de l’année passée,

Pour mon malheur, me suffiront longtemps,

Tu le sais bien, la mémoire méchante

N’en laissera pas perdre la moitié.

La coupole s’est inclinée de travers,

Le croassement des corbeaux,

Le hurlement de la locomotive,

Et le bouleau qui boîte dans son champ

Comme si son délai était passé,

Et l’assemblée secrète, à minuit,

D’immenses chênes venus de la Bible,

Et le bateau tout près de s’engloutir,

Qui vient des rêves de je ne sais qui…

Le prélude à l’hiver avait déjà

Jeté un blanc léger sur ces semailles.

Comme au hasard il avait transformé

Tous les lointains en brume impénétrable.

Et l’on pouvait croire qu’après la fin

Rien ne pourrait jamais venir à l’être…

Qui est celui qui passe près du seuil

Et qui par notre nom nous appelle ?

De la vitre gelée, qui s’approche ?

Il agite la main comme une branche…

Et dans le coin aux araignées, pour lui répondre,

Un rayon de soleil danse dans le miroir.

 

                                                                  1960

                                                        « Course du temps »

                            Traduction Jean-louis Backès (Poésie/ Gallimard)

 

 

Anna Akhmatova...par Fabienne Bargelli, accompagnée au piano par Alessandro Candini.

Une  merveilleuse lecture concert à la Salle Molière lors de la Comédie du Livre 2008.

L'horizon est en feu...il y avait aussi Blok, Mandelstam, Tsvétaïva, Brodsky...

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3
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20 novembre. De Russie : Marina Tsvétaïéva 1892 - 1941

Je n'ai pas voulu les séparer. Le 16 mars 1940, lorsqu'elles se retrouvent à Moscou, Akhmatova dédie ce poème à Marina : "Mon double invisible et persifleur / A quoi bon te cacher dans de noirs buissons / Parfois tu te blottis dans un nid percé, parfois / Tu apparais furtivement sur des croix délaissées//Aujourd'hui, Marina, toi et moi / Nous faisons dans la nuit le tour de la capitale, / Et derrière nous des millions d'autres.."  

Elle a traversé le même enfer. Mariée avec Serguei Efrom qui après avoir combattu  dans l'armée blanche en 1917, se rapprochera des positions soviétiques à partir de 1935, et disparaîtra en 1939 (probablement exécuté au début de la Guerre). Première tragédie : la mort de sa fille Irina âgée de deux ans (1920), suite aux terribles conditions de vie de ce temps de Révolution. Marina connaîtra un exil de 17 ans  vivant dans le dénuement en banlieue parisienne, mais ayant rompu tout lien avec l'émigration russe. Exilée à l'intérieur d'elle-même. Retour en URSSS  en 1939. Sa première fille Ariane, arrêtée, sera  envoyée 17 ans en déportation. Marina se suicide en 1941.

Elle fut pourtant toute sa vie une amoureuse. "Sa vie amoureuse est intense et multiple" écrit Henri Deluy dans sa présentation de "L'Offense Lyrique" (un choix de poèmes). "Ses amours avec Ossip Mandelstam suivent de près ceux qu'elle éprouve  pour la poète  Sophia Parnok."  Et de conclure : "Marina Tsvétaïeva est un poète lyrique. Un superbe poète. Du plus haut niveau. Elle assume totalement le lyrisme, cette part envahissante et incontournable des écritures de poésie."

 

Poème pour Blok[1]……………Marina Tsvétaïéva.

Ton nom – un oiseau dans la main,

Un glaçon sur la langue – ton nom,

Un seul mouvement des lèvres,

Ton nom – quatre lettres.

Un petit ballon saisi au vol,

Un grelot d’argent dans la bouche.

 

Il jaillit dans un sanglot, ton nom.

Et d’une pierre jetée dans un étang.

Il brille, il gronde, la nuit, ton nom

Dans un léger cliquetis de sabots,

Et le claquement sonore du fusil

Le soulignera sur notre tempe.

 

Ton nom – Ah, l’impossible ! –

Un baiser sur les yeux, ton nom,

Sur le gel tendre des paupières immobiles.

Ton nom –  un baiser sur la neige,

Une glaciale gorgée bleue – à la source

Avec ton nom, le sommeil est profond.

 

                                                                           15 avril 1916

 

                   Traduction Henri Deluy (« L’offense lyrique » éd. Fourbis)

 

 

[1] Alexander Blok (1880-1921)

21 novembre. D'Espagne : Federico Garcia Lorca : 1898-1936

 

"Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu/ emplissant tout à coup l'univers de silence" (Aragon, Le Fou d'Elsa).

Tout le monde hélas connaît Lorca, poète fusillé  à Grenade le 19 août 1936. Exécution sommaire par quoi s'affirmait la volonté obscurantiste d'étouffer l'Espagne et ses voix les plus libres pendant d'horribles années de dictature franquiste. Mais connaît-on bien  la poésie de Lorca? Une poésie sans doute des plus difficiles et des plus complexes, qui déjoue le plus souvent toute analyse traditionnelle. Il a, en 1919, séjourné à la célèbre "Residencia de Estudiantes" de Madrid, pépinière de toute "l'intelligentsia" littéraire et artistique, où il a rencontré Dali et Luis Buñuel. C'est dire qu'il fut aussi un poète avant-gardiste.

Andalou avant tout, poète en vers, en prose, dramaturge, musicien ami de Manuel de Falla, collecteur de chansons traditionnelles,  dont les "Canciones" (1921-24), et le "Romancero gitano" (1933), et le "Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias"  (Il fut un passionné de Corrida ) sont un éclatant témoignage de l'âme andalouse.

"Quel terrible cinq heures du soir /  Le sang je ne peux pas le voir

 

La Femme adultère………. Federico Garcia Lorca.

 

Je la pris près de la rivière

Car je la croyais sans mari

Tandis qu’elle était adultère

Ce fut la Saint Jacques la nuit

Quand s’éteignirent les lumières

Et s’allumèrent les cri-cri

Au coin des dernières enceintes

Je touchai ses seins endormis

Sa poitrine pour moi s’ouvrit

Comme des branches de jacinthes

Et dans mes oreilles l’empois

De ses jupes amidonnées

Crissait comme soie arrachée

Par douze couteaux à la fois

Les cimes des arbres sans lumière

Grandissaient au bord du chemin

Et tout un horizon de chiens

Aboyait loin de la rivière.

 

Quand nous avons franchi les ronces

Les épines et les ajoncs

Sous elle son chignon s’enfonce

Et fait un trou dans le limon

Quand ma cravate fut ôtée

Elle retira ses jupons

Puis quand j’ôtai mon ceinturon

Quatre corsages d’affilée.

Ni le nard ni les escargots

N’eurent jamais la peau si fine

Ni sous la lune les cristaux

N’ont de lueur si cristalline.

Ses cuisses s’enfuyaient sous moi

Comme des truites effrayées

L’une moitié toute embrasée

L’autre moitié pleine de froid.

Cette nuit me vit galoper

De ma plus belle chevauchée

Sur une pouliche nacrée

Sans brides et sans étrier.

Je suis homme et ne peux redire

Les choses qu’elle me disait

Le clair entendement m’inspire

De me montrer fort circonspect.

Sale baiser et de sable

Du bord de l’eau je la sortis

Les iris balançaient leur sabre

Contre les brises de la nuit.

Pour agir en peine droiture

Comme fait un loyal gitan

Je lui fis don en la quittant

D’un beau grand panier à couture

Mais sans vouloir en être épris

Parce qu’elle était adultère

Et se prétendait sans mari

Quand nous allions vers la rivière.

 

                                                        (Romancero Gitano 1933)

Traduction Jean Prévost

 

 

Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3
Poèmes pour le confinement 2, par Claude Adelen, semaine 3

22 novembre. D'Angleterre : Robert Browning 1812-1889.

Robert Browning. "Un poète qui s'appelle revolver". En 1965, Jean-Luc Godard dans son film "Pierrot le fou" me le fit découvrir. Pierrot et Marianne sont étendus sur une plage, à demi enfouis dans le sable. Jean Paul Belmondo prononce alors les premiers mots du poème : "M'échapper- jamais- bien aimée"..  A quoi répond la voix d'Anna Karina : "Embrasse-moi." J'ai voulu alors en savoir plus sur ce poète ancien de l'Angleterre Victorienne, amoureux de Florence, de Rome, et mort à Venise. Je m'étais procuré le petit Seghers de la collection poètes d'aujourd'hui.

"L'amour fait mal" répètent souvent les personnages des film de François Truffaut. Lui, "Revolver", son grand amour ce fut Elisabeth Barret, qu'il épousa secrètement en 1846, avec laquelle il partit pour l'Italie, et qui mourut à Florence en 1861. Qui n'a pas, comme lui, murmuré dans ses moments de doute: "Je crains qu'en fin de compte ma vie ne soit qu'erreur."   Ainsi la poursuite occupe la vie".

A la fin du film, Pierrot/ Ferdinand se fait exploser la tête . Sur l'écran nu, la mer et le ciel. On entend une voix dire : "Elle est retrouvée / Quoi ?  L'Eternité / C'est la mer allée / Avec le soleil".  

 

 

Une vie dans un amour……... Robert Browning

 

 

M’échapper ? – Jamais – bien aimée ! – Tant que je serai moi et que tu seras toi – aussi longtemps que l’univers nous contiendra tous deux – moi qui t’aime et toi qui me repousses – tant que l’un voudra fuir, l’autre devra poursuivre – je crains qu’en fin de compte ma vie ne soit qu’erreur… Cela ressemble trop à une fatalité ! Quoi que je fasse de mon mieux, le succès est douteux…-Mais si j’échoue pourquoi continuer ? C’est seulement pour tenir ses nerfs tendus – sécher ses yeux et rire quand on tombe – et, vaincu, se lever pour repartir encore.

Ainsi la poursuite occupe la vie, voilà tout – Pourtant, jette un regard, un seul, du plus loin que tu puisses aller – sur moi perdu dans la poussière et l’ombre – et l’ancien espoir n’est pas plutôt tombé – que j’en forme un nouveau, tendu au même but… – qui va – toujours – s’éloignant !

 

                                      (Traduction de Gilbert de Voisins et Paul Alfassa).

 

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